François Ozon - site officiel

  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
entretiens 8 Femmes

Note d'intention de François Ozon

Affiche 8 FemmesDepuis longtemps, l'idée de faire un film interprété uniquement par des femmes me trottait en tête. Revoyant dernièrement le WOMEN de George Cukor, je me suis renseigné sur les droits de la pièce dont il s'était inspiré. J'appris très vite que les droits de remake étaient déjà retenus depuis quelques années à Hollywood, par Julia Roberts et Meg Ryan.

J'ai donc abandonné mon projet d'un WOMEN"à la française", mais grâce à l'aide de Dominique Besnéhard, j'ai découvert une pièce policière des années 60 : 8 FEMMES écrite par Robert Thomas, écrivain tombé dans l'oubli, mais qui connu son heure de gloire dans le théâtre de boulevard des années 70, et fit fortune grâce à l'achat d'une autre de ses pièces par Alfred Hitchcock, qui voulait l'adapter au cinéma mais mourut hélas trop tôt pour le faire.

8 FEMMES m'a tout de suite semblé idéal pour ce projet d'un film au féminin. De la pièce, j'ai retenu essentiellement la situation et l'intrigue policière que j'ai simplifiée. J'ai essayé par ailleurs de renforcer l'humour, tout en apportant de la profondeur aux personnages et en rendant plus complexes et modernes les rivalités et relations familiales entre ces huit femmes.
    
Je souhaitais faire une comédie, doublée d'un suspense policier classique renvoyant aux intrigues à la Agatha Christie et rappelant les films de huis clos où le meurtrier fait partie du groupe. Mais derrière cette lecture au premier degré, j'ai voulu engager une réflexion légère et amusante sur la féminité, les actrices, les rapports de classe et les secrets de famille.

Comme pour GOUTTES D'EAU SUR PIERRES BRULANTES adapté d'une pièce de Rainer Werner Fassbinder, il s'agit d'un film anti-naturaliste, qui privilégie la stylisation et l'artifice au profit de la beauté et du glamour féminins. Toutes les actrices devaient être belles et faire rêver les spectateurs, les cruautés et horreurs qu'elles s'adressent n'en ont que plus d'éclat, de valeur et d'étrangeté.

Situer l'action dans les années 50 a permis de rendre plus crédible la situation extravagante de ces huit femmes en cage, ainsi que les rebondissements rocambolesques qui se produisent, comme autant d'effets d'artifices. Mais plus que les années 50 françaises, souvent en noir et blanc dans les films sombres de Julien Duvivier, Jean Delannoy et autres Claude Autant-Lara, les références viennent plus des couleurs du Technicolor des comédies musicales de Vincente Minnelli ou des mélos flamboyants de Douglas Sirk.

Les chansons, reprises par les actrices du film sur des arrangements des années 50, participent à ce travail de distanciation, et permettent à chaque personnage féminin de dévoiler son intériorité, comme dans un monologue à la fois émouvant et comique.