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entretiens Sitcom

Entretien avec François Ozon (Studio Magazine)

SitcomLes débuts:
"Je pensais au cinéma depuis longtemps, mais j'avais un peu honte de me l'avouer... Les arts plastiques étaient une bonne couverture! En plus j'ai eu comme professeur Joseph Morder, l'homme du super-8, et il nous rabâchait sans cesse: "Tournez, tournez, faites tout de suite des films, lancez-vous!"
Dans l'esprit, ces films ressemblaient déjà un peu à Sitcom. Dans l'un d'eux, je tuais même mes parents! Ils ont accepté de jouer les morts en me disant: "C'est une très bonne thérapie. Comme ça tu ne seras pas obligé de la faire dans la réalité"
Petit, j'ai fait des photos comme modèle mais ça ne me plaisait pas, pas plus que lorsqu'un peu plus tard, vers 10-12 ans, j'ai fait du théâtre à l'école. En fait, j'ai très vite compris que ce qui m'excitait, c'était de tirer les ficelles. Et que le vrai pouvoir était non pas chez le comédien, mais chez le metteur en scène. A cette nuance près qu'en racontant des histoires, je pouvais dire beaucoup de choses sur moi-même... tout en me cachant.

La Femis:
A la Femis, on rencontre plein de gens différents, on touche à tous les secteurs, mais surtout, on PEUT faire des films dans des conditions extraordinaires. On se retrouve dans des situations réelles de tournage avec du bon matériel sans le douloureux problème de trouver de l'argent! Les séances critiques en réalisation, montage, image, son, direction d'acteurs étaient parfois pénibles à se farcir et certains commentaires de profs, le plus souvent sur la touche du monde du cinéma, sont plus aigris que judicieux.

Sexe et tabous:
Tout le monde dit que je fais des images crues. C'est vrai, mais j'ai surtout l'impression d'être au plus proche de moi-même, de ce que je suis dans la réalité et de ce que je vis dans ma sexualité. Je trouve que le sexe est souvent mal traité au cinéma; j'ai envie d'apporter mon propre regard, de jouer sur les différentes facettes du sujet, de m'amuser avec les clichés, comme je l'ai fait par exemple avec ceux de l'homosexualité dans Une robe d'été.
Moi, on m'a toujours appris que les "œuvres d'art" se faisaient toujours contre ses parents et qu'il fallait y mettre ce qu'on avait au plus profond de soi. Je récuse toute autocensure, je n'ai aucun tabou, je ne fais pas du politiquement correct. Je fais les choses de façon instinctive, sans me poser la question de savoir si on a le droit de faire, de filmer, de dire ça comme ça. Ou non. J'ai même tendance par esprit de contradiction, à faire le contraire de ce que, généralement, on considère comme étant de bon goût.

Inspiration:
Mes petits films étaient très inspirés de Rohmer, lui-même grand fan du super-8. Ensuite cette filiation a évolué du côté de Pialat, dont j'adore le côté brut et le sens des ellipses. J'aime aussi Fassbinder, Douglas Sirk, Chabrol ou John Waters - ne serait-ce que pour sa capacité à redonner sa chance à des acteurs oubliés... Des cinéastes que l'on juge sur la durée. Un film, c'est toujours une tentative, jamais une finalité. Les films prennent leur importance quand ils sont confrontés à d'autres du même auteur.

Sitcom:
Je ne supporte pas l'attente, le plaisir est très volatile. J'ai sauté sur Sitcom avec délectation. L'idée de raconter l'explosion d'une famille me taraudait depuis longtemps. J'ai écrit le film en quinze jours. Je l'ai tourné en un mois, en super-16, avec des acteurs peu connus et en participation dans un lieu unique.
Au départ, il y a une famille classique - père-mère-garçon-fille - qui va voler en éclats quand vont débarquer dans son intimité un rat, une bonne espagnole, un prof de gym africain et que le fils va révéler son homosexualité.
En fait, il y a trois épisodes: 1.Une famille ordinaire 2.Tout pète 3.On essaie de recoller les morceaux... je pulvérise les lois du sitcom traditionnel et fait se confronter le pur et l'impur, les conventions et les transgressions...
En fait, je considère Sitcom un peu comme la continuité de mes courts; j'ai l'impression que mon prochain film sera mon premier vrai long."

STUDIO MAGAZINE 05/98