François Ozon - site officiel

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Interviews about the DVD collection

Entretien avec François Ozon

Propos recueillis par Thierry Jousse. (Cahiers du Cinéma - Spécial DVD 12/2001)

Quel est votre rapport de consommateur au DVD?
J'ai participé à la fabrication des DVD qui regroupent mes films alors que je n'avais pas encore de lecteur chez moi. J'ai acheté l'appareil pour voir ces DVD achevés. Je ne connaissais pas ce support mais j'avais pas mal d'amis qui m'en disaient le plus grand bien. Ce qui m'angoissait un peu, c'était de ne plus sortir, de ne plus aller voir les films à l'extérieur, de recréer son petit cinéma chez soi. Maintenant que je possède le lecteur, je trouve tout de même agréable de voir les films dans ces conditions, surtout pour l'excellente qualité de l'image.

Est-ce que les bonus et tous les suppléments qu'on peut trouver sur les DVD vous intéressent, notamment en ce qui concerne la collection qui regroupe vos films?
Ce qui m'a séduit dans cette affaire, c'est justement l'idée de collection, de sortir les 5 DVD ensemble, un peu comme des livres. J'aime bien l'idée que chaque DVD est riche et autonome et qu'en même temps, il y ait des passerelles entre chacun. Même les jaquettes sont inspirées par l'idée du livre. Par ailleurs, on a essayé de transmettre au spectateur le maximum d'informations, d'enrichir sa vision et de donner des aperçus qui peuvent aider à mieux voir les films.

Est-ce que les commentaires sur les films peuvent être considérés comme des notes en bas de page?
On m'a dit qu'il fallait des bonus et on m'a demandé ce que j'avais comme matériel. J'ai dit que j'avais mes films super-huit. Les éditeurs m'ont suggéré de faire un commentaire audio sur les longs-métrages. Je n'y connaissais rien et je me suis lancé. J'ai fait en sorte d'être avec des gens, techniciens ou autres, qui avaient un rapport avec le film et surtout un discours. pour chaque film, on a enregistré en se lançant sans filet. Ca a été mixé mais je n'ai pas pu réécouter car je ne supporte pas ma voix. On donnait la plupart du temps des informations un peu techniques sur les films. Pour le DVD de Sous le Sable , j'ai fait le commentaire avec Emmanuèle Bernheim, avec qui j'avais travaillé sur le scénario. Elle m'a proposé d'y aller sans préparation, de voir l'image un an après avec ce qu'on allait pouvoir en direct en direct. C'était un peu casse-gueule mais assez excitant. Il n'y a pas eu de seconde prise. Sur Gouttes d'eau... avec la chef-op, on parle assez techniquement des choix de pellicule, etc. cela dit, je serais curieux de connaître le pourcentage de spectateurs qui écoutent ces commentaires audio.

L'exercice a-t-il modifié la vision de vos propres films?
Ca m'a surtout angoissé. Tout à coup, revoir tous ces films, c'étaitt très bizarre. Habituellement je ne revois pas mes films. J'essaie d'aller de l'avant et de ne pas regarder en arrière. Là, être obligé de me remettre sur ces films, ça m'a un peu rendu malade. C'est comme si on se revoyait soi en ayant encore un peu honte de certaines choses, comme des images de soi qu'on n'a pas forcément envie de revoir trop vite. Ce n'était pas très agréable. En même temps, les ratages ne me dérangent pas. Ils sont souvent aussi intéressants que les réussites. A la limite, je trouve bien qu'il y ait des choses ratées. Les voir ou les revoir me donne envie de faire mieux pour les prochains films. Parfois, on a des obsessions sur certaines séquences, on a la sensation que certaines choses ne passent pas du tout et, avec le temps, cela paraît souvent moins catastrophique. J'ai cherché à revoir sans analyser mais plutôt comme un spectateur. J'essayais plutôt de me souvenir d'anecdotes. Je voulais surtout être très concret, le moins théorique possible. Je ne suis pas dans l'auto-analyse de mes films. je ne suis un théoricien, ni un critique de cinéma. Les techniciens étaient eux aussi assez angoissés à l'idée de participer à cette entreprise. J'ai essayé de susciter chez eux des réponses à des questions que le spectateur pourrait se poser. Sur Gouttes d'eau... par exemple, il y a un travail important sur le décor, les costumes, la lumière... L'enjeu était de le donner à comprendre.

Pour le DVD des Amants Criminels, vous proposez 2 versions dont une que vous avez remontée...
C'est surtout la première demi-heure qui a changé. J'ai modifié la mise en place du film qui avait suscité plutôt du rejet à la sortie. Dans la version remontée, j'ai fait en sorte de mettre le meurtre un peu plus tard avec une présentation plus précise des personnages. Dans le scénario, le récit était chronologique. On a fait un premier montage, et tout de suite, je suis parti dans l'idée du flash-back. J'ai eu l'impression qu'il y avait deux films et que leur juxtaposition n'allait jamais fonctionner. J'ai voulu mélanger ces deux parties pour rendre le film plus homogène. Le film est sorti, il n'a pas du tout marché. Après je me suis dit que j'avais fait peut-être une erreur au montage. Je crois finalement que la version remontée, plus fidèle au scénario, est meilleure. Il y a un côté trop agressif dans le début du film tel qu'il est sorti en salles. Depuis, je me suis rendu compte qu'il ne sert à rien de se mettre le spectateur à dos au bout de cinq minutes. Dans le nouveau montage, la violence est toujours là, mais elle est différée, donc plus recevable, à cause de la chronologie. C'est le seul film sur lequel j'avais vraiment eu envie de revenir.

Vous-êtes vous occupé de l'habillage?
Oui. J'ai tout de même manqué d'un peu de temps pour faire plus. On a essayé de faire des choses simples qui convenaient avec chaque film. Il y a des aspects plus ou moins ludiques. Sitcom est plus ludique que Sous le Sable qui est plus sobre. A chaque fois, l'idée était de s'adapter au film.

Comment avez-vous sélectionné et réparti vos courts-métrages, notamment vos premiers travaux en super-8 qui sont inconnus?

Il y en avait normalement davantage, mais j'ai eu un peu peur. Je les ai beaucoup montrés quand j'avais 20 ans, personne ne me connaissait, et je ne faisais pas encore de vrais films. J'ai eu tout de même peur du caractère trop intime de ces films, d'autant plus que mes parents ou des amis qui ne sont pas du tout comédiens jouent dedans. J'ai éliminé pas mal de ces films super-huit, notamment un dans lequel je me travestissais. J'ai gardé ceux qui avaient vraiment un rapport avec les lons métrages. Ce sont des films que j'ai fait avant d'entrer à la FEMIS, quand j'étais en fac d'art plastique. Je faisais un film super-huit par mois, que je tournais en une journée. C'était très rapide. Le super-huit, c'est du positif, donc les films se dégradent. Les graver sur DVD leur assure une nouvelle pérennité. S'ils disparaissent de manière chimique, ils existeront sur un autre support. J'aimais l'idée de les garder tels quels, sans les remonter, avec tous les défauts et les imperfections, notamment de montage, sans les sonoriser non plus. J'ai juste pensé ajouter le bruit d'un projecteur super-huit qui correspondait aux conditions de vision de ces films.

Il y a, dans cette collection, un côté oeuvre complète. Quel effet cela fait-il?
J'ai eu un peu peur d'être enterré. Je me suis demandé si c'était le bon moment, si c'était utile, si ça intéresserait quelqu'un... En même temps, c'était un moyen de faire exister tous les courts-métrages, surtout les premiers qui n'avaient pas été vraiment vus. Beaucoup de gens me demandaient les courts-métrages, et même les plus connus n'existaient pas en vidéo. Donc, c'était un moyen de les montrer. Parmi tous les films, toutes durées confondues, les deux que je préfèrent sont sans doute Regarde la Mer et Gouttes d'eau... En revoyant Regarde la Mer, j'ai éprouvé du plaisir comme spectateur. Je trouvais que le film était assez cohérent et qu'il fonctionnait, à deux ou trois petits détails près. En revanche, la revision de Sitcom a été pénible... et j'ai cessé de le commenter au bout d'une demi-heure. Je n'y arrivais plus. J'ai préféré arrêter parce que j'avais peur que ça tourne à l'exercice masochiste.

Est-ce que le travail que vous avez fait sur ces 5 DVD vous incite à regarder ce qui se fait à côté?
Oui. Par exemple, j'ai acheté le DVD de In the Mood for Love parce qu'on me l'avait conseillé. C'est intéressant mais j'ai été un peu gavé au bout d'un moment. Peut-être parce que je n'aime pas suffisamment le film... On est un peu perdu dans la navigation. Ca pêche un peu par souci d'exhaustivité... L'affiche allemande, l'affiche hollandaise... moi aussi, au début, j'étais parti dans cette idée d'exhaustivité, mais finalement, j'ai préféré épurer. Ce travail a eu une petite influence sur le montage de Huit Femmes. J'ai gardé toutes les prises où les actrices se trompent, et en parallèle, j'en ai fait un petit montage assez marrant, d'autant plus que les actrices sont Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Fanny Ardant... Comme sur le tournage, je ne les arrêtais pas quand elles se trompaient, ce petit montage permet de voir un peu leur façon de travailler. C'est très intéressant, par exemple, de voir les moment où l'actrice sort du personnage et les moments où elle y revient. Voir comment Isabelle Huppert se reprend par rapport à Catherine Deneuve permet vraiment de voir la méthode de travail de chacune. En plus, ça met les actrices en valeur. On ne se moque pas d'elles et ça nous les rend proches et sympathiques.


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